Madeleine Vionnet ou l’Art hors norme…

C’est intriguée par l’exposition Madeleine Vionnet aux Arts décoratifs que je me suis rendue dans ce lieu historique pour rencontrer une œuvre tout aussi historique.


Madeleine Vionnet

Difficile de parler d’une exposition sans parler du sujet lui-même. Tout comme on lit les biographies des plus grands peintres avant d’admirer son oeuvre.
Madeleine Vionnet c’est avant tout une femme hors norme pour son époque.

Née dans le Loiret en 1876, d’une famille modeste, elle s’installe avec son père nommé receveur d’octroi à Aubervilliers, en région parisienne, à l’âge de cinq ans. Bien que brillante élève, elle quitte l’école à 12 ans pour travailler et apprendre la couture chez la femme du garde champêtre. A 18 ans, elle décide d’apprendre l’anglais et se rend outre Manche où elle est employée comme lingère. En 1896, elle est engagée chez Kate Reily, maison de couture londonienne, où elle débute véritablement son apprentissage de la couture. De retour à Paris, cinq ans plus tard, elle entre chez les sœurs Callot, une des maisons de couture les plus prestigieuses où elle fait ses armes. En 1906, Jacques Doucet fait appel à elle et lui confie le soin de « rajeunir » sa maison. Mais en proposant aux mannequins de marcher pieds-nus, vêtues de robes souples qu’elles portent à même le corps sans s’appuyer sur l’incontournable carcan de rigueur à l’époque qu’est le corset, elle se heurte aux réticences de la maison et décide alors de voler de ses propres ailes.

C’est en 1912 qu’elle ouvre sa propre maison de couture, au 222 rue de Rivoli, mais la Grande guerre la contraint de la fermer en 1914. Dès sa réouverture en 1918, elle impose sa modernité et connaît le succès. En 1923, sa maison de couture se trouvant à l’étroit, elle aménage un hôtel particulier, situé au 50 Avenue Montaigne. Elle confie au décorateur Georges de Feure l’aménagement de ses salons dans le style Art déco, faisant de ce lieu un véritable temple de la mode à la conquête d’une clientèle internationale des plus raffinées. L’organisation de la maison de couture fait preuve d’un réel esprit d’avant-garde. En femme engagée, Madeleine Vionnet dirige sa maison de couture comme une entreprise moderne emprunte d’un esprit social peu courant pour l’époque. Soucieuse du bien-être de ses employées, la nouvelle installation offre différents services sanitaires et sociaux : une cantine, un cabinet médical et dentaire gratuits pour le personnel et leur famille ainsi qu’une crèche. Enfin, elle accorde des congés payés et des congés de maternité plus avantageux que ne l’imposent les lois sociales de l’époque.
En visionnaire éclairée, elle soutient « l’Association pour la défense des Arts Plastiques et Appliqués » dont l’objectif principal est de protéger les intérêts de l’industrie de la Haute Couture en s’opposant à la contre-façon.
En 1939, Madeleine Vionnet a 1 200 ouvrières. Sa maison est l’une des plus importantes de l’époque. Mais la guerre approche et, à 63 ans, la lassitude la gagne : Madeleine, sans regrets, décide de tirer sa révérence. Sa maison n’y survivra pas. Un homme deviendra son héritier direct, Cristobal Balanciaga. Une amitié profonde les lie, le couturier espagnol va tout apprendre d’elle. Il commencera en achetant des robes de Vionnet pour comprendre sa technique et s’inspirer de ses patrons, et c’est avec générosité que la dame lui transmettra son savoir-faire. Depuis, son style et sa technique sont toujours une source d’inspiration, que ce soit pour John Galliano, Azzedina Alaïa, Christian Lacroix ou encore Jean-Paul Gaultier…
En 1952, Madeleine Vionnet fait une donation exceptionnelle à l’Union Française des Arts du Costume qui rassemble 122 robes, 750 toiles patrons, 75 albums photographiques de copyrights, des livres de comptes et des ouvrages issus de sa bibliothèque personnelle. Par cette démarche, elle fut la première couturière à avoir conscience de la nécessité de conservation de son patrimoine relevant de l’intérêt collectif, ce fonds est désormais conservé par Les Arts Décoratifs.
Elle est décédée le 2 mars 1975 à Paris à l’âge de 99 ans.


Exposition

L’exposition commence tout en douceur « On reconnaît d’emblée la beauté plastique qui se dégage de chacune de ses créations grâce à ses lignes épurées magistralement conçues« . Madeleine Vionnet était à la recherche de la beauté éternelle au travers de quatre éléments fondateurs : proportions, équilibre, mouvement et vérité.
C’est autour de ces quatre préceptes que l’exposition s’articule sous la baguette d’André Putmamn, scénographe.

Madeleine Vionnet, puriste de la mode se partage sur deux étages, tous deux s’articulant de manière différente mais complémentaire permettant aux visiteurs de bien appréhender toute l’oeuvre qui leur est présenté.
Le premier étage se découpe en huit thématiques : 222 rue de Rivoli (premier magasin ouvert en 1912), décor, structure et biais, forme géométrique, franges, transparence, brillance et effets de matières. On se rend ainsi compte de la palette d’excellence qui servait à la maitresse incontestée de la mode à cette époque. Les robes sont magnifiques et d’une finition inégalable.

La rénovation de toutes ces pièces ont été financées par mécénat grâce à Natixis et, pour cela, on peut les en remercier.
C’est donc avec délectation que je monte l’escalier pour rejoindre le second étage, comme me l’a indiqué la guichetière à l’entrée.

Cette fois, le partage est différent. Il ne s’agit plus de thématiques mais d’années avec une subdivision jour/nuit. Dès l’année 1930 ce sont des vieilles radoteuses (que l’on retrouve le plus souvent dans les musées en cas de forte chaleur car là, au moins, la climatisation est présente) qui ont décidé de se manifester en clamant haut et fort qu’elles aussi auraient pu faire ça, que ce n’était pas si compliqué. Alors que la visite du premier étage avait été une merveille, cette première apparition me fait un peu peur.

Je poursuis alors lentement la visite et m’arrête un instant sur une citation que je voudrais vous faire partager :
 » On n’est pas couturier dans l’abstrait pour suivre son inclination et créer des oeuvres rejetées par le public. Certains peintres ont tristement vécu ainsi, mais un couturier habille des êtres humains, non des rêves« 
A méditer…
L’utilisation du crêpe se fait plus présente dans cette section, tissu de prédilection de Madeleine Vionnet. On retrouve, en hiver 1936, un retour vers des matériaux plus lourds : le velour. Même si ça alourdit la structure les robes restent de toute beauté. On tourne alors la page en 1938 avec des couleurs pastels, toujours en mouvement, donnant une impression de fluidité infinie.

La dernière oeuvre qui sera sous vos yeux, vous l’aurez deviné, tout comme dans les défilés, sera une robe de mariée. Même si la coupe sur la partie supérieure parait stricte et quelque peu simple, il s’agit d’un plissé sur le bas de la robe qui a retenu le plus mon attention.

Petit conseil : prenez bien le temps d’observer les modèles qui sont sous vos yeux, ce serait dommage de passer aussi vite que certaines personnes qui ne s’arrêtent pas plus d’une minute devant chaque modèle avec un « ah… c’est beau » lapidaire (trois petits tours et puis s’en vont… )

Pour plus d’informations :
Le site des Arts décoratifs consacrent toute une partie à Madeleine Vionnet aux fins de mieux comprendre qui elle était.

Madeleine Vionnet Puriste de la mode
du 24 juin au 31 janvier 2010
Arts décoratifs 107 rue Rivoli 75001 Paris
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

Exposition vu dans : Vogue
Le célèbre magasine de Mode a sélectionné pour son magasine juin/juillet 2009 l’exposition Madeleine Vionnet (4,95€).

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